De Gaulle versus Chirac ?

Publié le par Jules Matou

J'évoque la position de Maurice Druon au moment du procès Papon.


16/04/09 à 09h51 Jules Félix

Je pense que le débat est faussé par notre recul de deux voire trois générations avec les événements de l'époque. Si je voulais être honnête, je dirais que je serais bien incapable de savoir mon comportement en 1940 comme jeune adulte sans charge de famille : résistant de la première heure ? indifférence (sûrement pas) ? fuite ? trouille (sûrement) ? La seule chose que je pense savoir, c'est que je n'aurais pas été collaborateur car il y a certains trucs qui m'auraient hérissés et qui me hérissent aussi maintenant sur d'autres trucs (foot en particulier), les mouvements de masse me répugnent.

Certes, Druon a trop joué du verbe pour un procès qui méritait sobriété factuelle. Pour moi, comme pour beaucoup (ici ?), ce procès était essentiel et surtout, la condamnation de Papon, la seule de la collaboration (Touvier n'est qu'un pauvre milicien, Papon était un décideur). Je regrette surtout l'assassinat de René Bousquet avant son procès, meilleur symbole et national celui-ci.

Je pense que le débat historique est le suivant : (pour vulgariser) entre De Gaulle et Chirac. La doctrine De Gaulle (reprise par Mitterrand, Messmer, Druon etc.), c'est que le régime de Vichy n'était pas la France et que seule la France libre était la France. Je pense qu'ils se trompent, que ce sont bien les parlementaires élus démocratiquement qui ont sabordé leur République en juillet 1940 et qu'il n'y a pas vraiment eu de coup d'Etat, juste une soumission à un être providentiel, Pétain.

Bizarrement, c'est Chirac, gaulliste (mais ado pendant l'Occupation), qui a bouleversé (heureusement) la donne, quitte à entâcher l'héroïsme du gaullisme historique, en reconnaissant la responsabilité de l'Etat français dans la rafle du Vel' d'Hiv' en juillet 1995 (soit deux mois après son élection). Je dois avouer qu'en l'écoutant, j'ai presque pleuré de joie et d'émotion qu'enfin la France reconnaisse ses torts.

Druon est toujours resté dans la ligne gaullienne de non reconnaissance des torts de la France, car il pense l'avoir incarné en tant que résistant. C'est aussi ordinaire pour sa génération (Messmer est né en 1916, lui en 1918).

Druon, comme d'autres à l'époque du procès de Papon, ont voulu dire que la période d'Occupation n'était pas si simple pour les représentants de l'Etat entre fidélité à l'Etat et fidélité à des valeurs morales personnelles (qui peuvent d'ailleurs être très différentes entre eux). Seuls, des hommes comme Druon ou Messmer pouvaient l'exprimer, puisque eux, justement, n'ont pas hésité et sont partis résister immédiatement, risquant leur vie.

Leur "soutien" à Papon (ce n'est pas un soutien, c'est un souhait qu'il ne soit pas condamné pour cela) ne traduit que cette petite phrase que nous, nés beaucoup plus tard, ne pouvons pas comprendre : "ce n'était pas si simple".

Après, il est sûr que beaucoup de fonctionnaires sous Vichy en ont profité pour 1. appliquer leurs idées nationalistes (comme Pétain) et/ou 2. avancer dans la carrière pendant que d'autres sombraient (comme Laval, ou, pour les plus jeunes pour prendre les meilleures places, comme Bousquet).




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Publié dans Politique

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